Chronique Musique

The Straight Hits!, le direct dans ta face de Josh T. Pearson

Josh
Josh T. Pearson/ Credit : Eliot Lee Hazel
Ecrit par Jism

2012.

Bon écoute Josh, t’es cool, t’es sympa mais là, c’est plus possible …. va falloir que tu changes. Non mais le look clochard céleste avec la beu-bar à la ZZ Top, ça va cinq minutes mais faut évoluer là. Tu vas me changer ça direct, compris ? Pareil pour ta musique, faut aussi changer ça, franchement. Tes délires mystiques de Lift To Experience c’était pas mal, disons que c’était punchy, qu’il y avait quelque chose de direct, tu touchais le rock du doigt, c’était fun quoi. Mais alors ton album là, celui où tu chiales en permanence avec des chansons qui n’en finissent pas de finir, il manquait … comment dire … quelque chose de direct …voilà …

Alors mon petit gars, je vais être franc avec toi : tu veux refaire un disque avec moi ? Va falloir te sortir les doigts du cul et pondre un truc plus direct. Tu vois ce que je veux dire ? Des chansons qui durent pas trente minutes, des morceaux où on t’entend pas soupirer entre deux arpèges, où on n’a pas envie de se pendre au bout de dix secondes. Tu nous fais un truc simple, basique, même rock si tu veux, mais quelque chose qui soit accessible. A-C-C-E-S-S-I-B-L-E. Et direct. Capito ?

2017.

C’est qui l’énergumène en stetson qui fait le con devant le bureau ? Oui, là, le gars avec sa gretsch qu’a l’air de vouloir épater la galerie en se prenant pour Elvis ? Virez moi ça illico, j’ai pas que ça à foutre.

Quoi ??? il vient me voir ???!!! Je le connais ???!!! C’est Josh ???? Vous déconnez ??

Non, non, on ne déconne pas.

Josh

Josh T. Pearson // Credit Eliot Lee Hazel

Josh T Pearson a tellement pris les conseils de son agent au pied de la lettre qu’il en a fait, non sans humour, un album concept. Un disque straight, bourré de hits et quasi sans fioritures. Bon, bourré de hits, faut pas non plus exagérer mais à l’échelle de Pearson, les compositions présentées ici sont une petite révolution. Exit les longues chansons introspectives et bouleversantes de Last Of, les orages électriques et mystiques de Lift To Experience, c’est ici un autre Josh T. Pearson que l’on découvre. Un gars propre sur lui, rasé de frais, cheveux coupés, le stetson toujours vissé sur le crâne et surtout très taquin, bourré d’humour, à la limite de l’hypomanie.

Cela donne trois titres d’introduction sur les chapeaux de roue, comme si Lift To Experience avait décidé de reprendre Frank Black en mode Cramps après avoir liquidé trois tonneaux de bourbon (Give It To Me). Vous retrouvez toujours ces montées hallucinantes (notamment sur le refrain de Straight To The Top), cette emphase, cette diction, théâtrale, propre à Pearson, avec, grande nouveauté, un orgue volubile et comique sur Straight At Me. C’est surprenant, drôle, frais et décapant. Néanmoins, après, cette mise en bouche particulièrement savoureuse, Pearson retrouve très vite ses fondamentaux : de l’acoustique poignant, flirtant avec la country, de l’électrique orageux ou encore de l’emphase lyrique comme lui seul sait le faire (A Song Of Love). A la différence près que l’Américain sera d’une concision remarquable et d’un humour omniprésent. Que ce soit sur la forme (paroles parfois très drôles : all is gonna be alright/because songs of love are on our side chante-t-il sur A Love Song, jeux de mots laids en guise de titre, The Dire Straights Of Love ), ou sur le fond (quand il s’improvise crooner sur le même Dire Straights), le résultat est à la fois fun, touchant car empreint d’un véritable respect et extrêmement varié. Parce qu’avec The Straight Hits Pearson touche à toutes les strates de la musique américaine : que ce soit les 70’s via la country de Townes Van Zandt ( Whiskey), les 60’s avec le rockabilly vu par les Cramps, l’indie rock des 90’s (Give It To Me ou Straight To The Top), les crooners des 50’s, ou last but not least, Lift To Experience (le formidable A Love Song, d’un lyrisme échappé du Texas Jerusalem), tout y passe avec une aisance mélodique déconcertante.

Josh

E[/mks_dropcap]t surtout, la grande nouveauté ici c’est qu’il n’y a plus ou très peu de traces de tourments chez ce garçon (quelques une sur le magnifique Love Straight To Hell) ; la musique n’est donc plus un exutoire pour lui, la catharsis de ses précédents albums un lointain souvenir, remplacé par une notion qui lui était un peu étrangère jusque là : le plaisir. Car oui, si nous prenons un pied monumental à l’écoute de Straight Hits (il faut tout de même le dire), c’est en partie parce que Pearson a l’air de s’éclater comme un petit fou. D’abord en écrivant des chansons simples, un brin déjantées et drôles, parfois superbes et ensuite en découvrant les possibilités infinies de son chant qui, reconnaissons le, prend une place très importante dans ce disque, véritable instrument et objet d’expérimentations un peu folles (rappelant par moment Jonathan Richman sur Give It To Me).

Mais bon, n’allez pas croire que le gars versera pour autant dans les bons sentiments, le sirupeux, ce n’est pas le style de la maison. Parce qu’outre son talent mélodique évident (c’est un véritable feu d’artifices sur The Straight Hits!), il y a chez Pearson une folie qui joue toujours les garde-mièvres et le protège pour le moment de toutes dérives, même dans les changements radicaux qu’il s’impose. Bref, si dans la forme il y met les formes, dans le fond rien ne change, il reste le même. Qu’il soit au fond du trou, dans un délire mystique ou au sommet de la vague, il va droit devant, pied au plancher, et advienne que pourra. Et autant le dire, sur The Straight Hits!, il peut beaucoup. Au point que celui-ci se hisse aisément au niveau des précédents disques. Vous aviez adoré The Texas Jerusalem Crossroads ? The Last Of The Country Gentlemen ? Vous adorerez The Straight Hits!

Faites moi confiance.

Sortie le 13 Avril chez Mute et dispo chez tous les disquaires adeptes de la ligne droite de France et de Navarre.

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Josh T. Pearson sera en concert le 24 mai à Paris (La Maroquinerie) et le 26 mai à Bruxelles (Botanique). 

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