Chronique Musique

The Jesus & Mary Chain, de la joie dans la douleur

Ne tournons pas autour du pot, le nouvel album de Jesus & Mary Chain, à l’hideuse pochette et dénommé Damage & Joy ne prétend pas atteindre les sommets que furent Psychocandy et Darklands, leurs deux géniaux premiers opus, ce qui nous ramène, vieux que nous sommes,  30 ans en arrière. Les frères Reid ont l’âge de leurs artères, qu’ils ont d’ailleurs bien maltraitées, et se félicitent déjà d’avoir pu accoucher d’un nouveau disque, dix-neuf ans après Munki.

 

L’histoire de J & MC est en effet jalonnée de coups d’éclat, de coups de gueule, de « je t’aime, moi non plus ». Les petites entreprises familiales ne suivent pas toujours un long fleuve tranquille et nos deux frérots de Glasgow, la cinquantaine bien avancée, en sont les plus remarquables représentants depuis la fratrie Wilson.

Les choses débutèrent pourtant parfaitement avec un fabuleux premier single Upside Down, suivi peu après par leur album Psychocandy, sommet de noise pop, croisement improbable et incroyablement réussi entre Phil Spector et le Velvet Underground. Les égos sont déjà bien développés et Bobby Gillespie, autre grande gueule magnifique, alors batteur du groupe, ne tarde pas à se carapater pour former Primal Scream.

C’est d’ailleurs une constante de Jesus & Mary Chain, d’épuiser ses collaborateurs à une cadence qui ferait passer Mark E. Smith pour un monstre de patience et de sympathie.

Le groupe prend de suite ses fans à contre-pied avec Darklands, changement radical de son, place aux mélodies pop, The Jesus & Mary Chain se frotte, l’air bravache, aux génies des 60’s et nous délivre quelques unes des plus belles chansons des années 80, de Happy When It Rains à April Skies, de Nine Million Rainy Days à About You.

La suite aura du mal à tenir la comparaison, malgré quelques très beaux titres de ci de là sur quatre albums Automatic, Honey’s Dead, Stoned & Dethroned jusqu’à Munki, en 1998. Le groupe reste bien sûr largement au dessus de la moyenne mais a tendance à bâcher les choses au plus vite, l’étroite collaboration dans un studio de Jim et William Reid devenant rapidement insupportable pour tout le monde, malgré la présence de jolies chanteuses aux voix angéliques comme Hope Sandoval, histoire d’amener un peu d’amour dans ce monde de brutes.

Trop de haine, trop de drogues, l’enregistrement de Munki est apocalyptique et William jette l’éponge en pleine tournée. les deux frères dorénavant séparés s’essaient à divers projets solos sans grand succès, malgré quelques belles réussites comme Sister Vanilla avec leur petite soeur Linda ou Lazycame.

La mécanique Jesus & Mary Chain redémarre en 2007 pour quelques concerts et compilations mais il aura donc fallu attendre dix ans de plus pour que cela nous donne de nouvelles chansons.

Nouveau, d’ailleurs, c’est vite dit, car les premières secondes d’Amputation passées, on rajeunit de vingt ans, les frères Reid reprennent leur histoire là où ils l’avaient interrompu, profitent même de leurs enregistrements respectifs passés pour les remettre à la couleur J&MC, à l’instar de Song For A Secret ou Can’t Stop the Rock écrits pour Sister Vanilla ou encore All Things Must Pass, seul titre enregistré en 2012 pendant leur longue séparation et ici ironiquement rebaptisé All Things Pass.

En vieux fan nostalgique du groupe et déjà excité comme une puce sous amphétamine de les revoir bientôt sur scène (à la Route Du Rock entre autres), je passerai rapidement sur quelques défauts qui laisseront à la porte ceux qui attendent un nouveau Psychocandy. Damage And Joy souffre en effets de quelques longueurs, 53 minutes, c’est bien trop avec certaines chansons un poil lourdingues surtout en fin de parcours. On aimerait aussi leur faire comprendre que sexe, bagarres et rock’n’roll, ça fait un poil cliché, ça en devient même gênant quand on s’apprête à fêter ses 3 x 20 ans comme ça va être le cas de William l’année prochaine.

Malgré ses quelques défauts, Damage And Joy est un disque fort agréable. Bien aidés par la production de l’éternel Youth et la basse de Phil King de Lush, les deux filous écossais savent toujours aussi bien alterner petites bombes électriques et ballades malsaines à la Velvet et nous enchaînent ainsi quelques excellents morceaux, quasiment tous à la file,  du très perché War On Peace sous influence Spacemen 3 au splendide Los Feliz (Blues And Greens) en passant par quelques titres où une voix féminine (Linda, la soeur, Bernadette Denning, copine de William et Skye Ferreira, en fan énamourée sur Black & Blues) vient soutenir et charmer l’organe traîne-savates de Jim Reid.

Rassurez-vous, je n’ai pas oublié non plus la présence de la magnifique Isobel Campbell qui illumine Song For A Secret et Two Of Us, les deux morceaux auxquels elle participe, redonnant, d’un coup d’un seul, toute la splendeur animale au groupe et rendant au final ce Damage And Joy indispensable.

Damage And Joy est disponible depuis le 24 mars chez ADA/WEA

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