Chronique Musique

Burning The Threshold, très beau chemin vers la lumière de Six Organs Of Admittance.

Ecrit par Jism

Salut à toi Ben. Dis-moi, ça va ??? Non, je demande parce que ça faisait un sacré bout de temps qu’on ne t’avait pas revu aussi frais et pimpant qu’aujourd’hui. C’est quoi le problème ? Ton fournisseur est mort ? T’es devenu clean ? T’as fait un séjour en psychiatrie et ils ont enfin trouvé la bonne dose ?

Non pas que ta période ésotérico-psy d’Hexadic ne me convenait pas, au contraire, j’ai toujours adoré les concepts fumeux et barrés, les visions musicales complètement décalées, les Géo Trouvetou de ton genre créant des univers surréalistes à partir de postulats délirants. Le résultat, radical, est souvent passionnant, même si difficile à suivre.

Je constate aussi que tu as définitivement abandonné ta période grunge/doom, gros son, guitares baveuses et dégueulasses façon Crazy Horse (Ascent) pour revenir aux fondamentaux, à ce qui a bâti ton identité, l’american primitivism. Dis-moi, que nous vaut ce retour ?

Qu’on ne me parle pas de maturité ou autres conneries de ce genre, ça voudrait dire que toutes tes aventures hors primitivism n’étaient que des poussées d’hormones mal maîtrisées, d’heureux accidents quand la réussite était au rendez-vous (Hexadic et Ascent). Et ça, vois-tu, j’ai beaucoup de mal à y croire.

Par contre, que tu sois toujours allé là où ton instinct te guidait en te foutant royalement de ce que les autres pouvaient en penser, là, ça me paraît beaucoup plus plausible.

Toujours est-il que tu sors, ces derniers jours, Burning The Threshold, pour lequel tu as invité du beau monde : l’hyperactif Chris Corsano aux fûts, Damon & Naomi aux chœurs, Ryley Walker à la guitare et Cooper Crain (Bitchin Bajas) aux claviers.

Tu me diras, avec de tels invités, il aurait été très surprenant que tu nous fasses du funeral doom, mais ce retour aux sources est une très belle surprise de ta part, et te sied à ravir. Pour tout te dire, le charme opère dès les premières notes du superbe Things As They Are. L’ombre du grand John Fahey revient hanter de nouveau tes compositions ; sa complexité, son sens de l’épure, tu te les ré-appropries, évitant les longues digressions en les adaptant à un format pop. Du coup, ta musique y gagne en luminosité, en accessibilité (Things As They Are, Reservoir, Around The Axis, Adoration Song).

Mais bon, allez, t’inquiète pas, le sommet des charts, c’est pas pour tout de suite hein. Je sais, tu fais pourtant des efforts pour l’atteindre, pour preuve l’instrumental et très pop St Eustace, qui n’est pas sans rappeler le Jim O’Rourke d’Eureka, mais je te rassure : un destin à la Cobain ou Winehouse, c’est pas pour demain.

Parce que, malgré ce changement d’optique, tu ne changes pas vraiment, tu conserves toujours cet amour pour les recoins obscurs de la musique, le psychédélisme restera ton mode d’expression privilégié pour exprimer tes angoisses, ta part sombre. Pour preuve, le grand Taken By Ascent, la plus fascinante réussite de ce disque, est un morceau hanté, incantatoire (les chœurs de Haley Fohr y sont particulièrement évocateurs), basé sur un motif répété ad libitum, sur lequel les fûts de Corsano font un travail très « Canien », à la fois métronomique et dérivatif, aux accents psyché 60’s très référencés (notamment du côté des claviers, hésitant entre les Doors et Silver Apples), mais portant ton empreinte de façon indélébile.

Pour autant, soyons honnête, s’il est très réussi, Burning The Threshold n’est pas ton meilleur album, certains morceaux sont un poil plus faibles que d’autres (Threshold Of Light, Under Fixed Stars), et sans vraiment te disperser, il manque une certaine unité à l’ensemble. À vrai dire, s’il avait eu la cohérence poisseuse et malsaine de Dark Noontide, ou l’ambition et la folie d’Ascent, ça aurait été un des sommets de ta longue discographie.

Néanmoins, je ne vais pas bouder mon plaisir, Burning contient son lot de pépites, puis te voir à nouveau t’abandonner à l’american primitivism tout en y apportant un éclairage inédit, est un privilège dont j’ai un peu de mal à me passer.

Tiens, c’est bien simple, à l’heure qu’il est, je vais de nouveau appuyer sur play et m’abandonner avec bonheur aux premiers arpèges de Things As They Are.

En toute simplicité.

Sorti le 24 février dernier chez Drag City et disponible chez tous les disquaires primitifs de France et de Navarre.

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