Chronique Musique

Robin Foster : PenInsular II, entre Terre et Mer, The Bridge !

Robin Foster @Christian Geisselmann
Robin Foster @Christian Geisselmann
Ecrit par Mag Chinaski

Where do we go from here ? (où allons-nous à partir d’ici ?) demandait Robin Foster en 2011, année où j’ai découvert cet anglais, installé en Bretagne depuis son année d’étudiant Erasmus à Brest… coup de foudre géographique, il ne quittera plus les terres finistériennes, lieux de ses plus belles compositions musicales. Alors sept ans après, et l’inoubliable PenInsular en 2013, on se demandait si cet hommage sublime à Camaret et la Presqu’île de Crozon allait avoir une suite ? Fin 2017, le prétexte tant attendu se présente enfin et c’est grâce à l’Office de Tourisme de la Presqu’île de Crozon – Aulne Maritime, que Robin Foster décide de composer un second volet, PenInsular II (The Bridge) My Dear Recordings /Kuroneko :

J’étais en train de travailler sur deux bandes originales de films américains et j’attendais le déclic pour écrire la suite de mon album, PenInsular. Là j’avais une bonne raison de m’y mettre : dix communes à faire découvrir, ça faisait dix morceaux à écrire, un album complet ! (Source : Le Télégramme Soir)

Un projet qui dépasse le stade de l’album, c’est la réalisatrice Flore Mongin qui lui propose de poser sa musique sur six clips vidéos visant à promouvoir la Presqu’île de Crozon, une sorte d’album géographique, la magie en plus… chaque mois jusqu’en juin 2018, l’Office de Tourisme a distillé un clip de quatre à cinq minutes chacun sur internet, dans les cinémas de Crozon et Camaret… l’occasion pour votre sudiste de Chinaski de s’aventurer sur des terres inconnues, de découvrir des contrées d’une beauté à couper le souffle, avec pour guide Robin Foster lui-même, au volant d’une voiture de collection (Pontiac ?), commence alors un voyage hors du temps, et oserais-je dire hors du monde ? Je le dis !

Une démarche inédite, le pont entre la terre et l’homme, une histoire de passion et d’un attachement profond à l’immensité des lieux, aux gens, aux paysages, l’expérience pour qui veut la vivre, à travers les yeux de Robin, est vibrante… et de mes yeux neufs, je suis ce road-trip au bout du monde… plusieurs fois, situant les lieux sur une carte, croisant les teasers et les titres de l’album, cherchant à percer les mystères de ces terres magiques, saisir les émotions cachées au creux d’une note, une symbiose entre l’image et la musique, une bien douce façon de découvrir cette presqu’île paradisiaque.

L’album s’ouvre sur une réponse à la question posée en 2011, where do we go from here ? (où allons-nous à partir d’ici ?), Where we went from there (où nous sommes allés à partir de là), une Intro qui fait le lien avec PenInsular, ce son de cloches à la fin du morceau, en forme d’écho, rappel divin, montée de synthés, une invitation à voyager.

Nous embarquons quelque part entre Argol et Rosnoën, Terenez (Argol), traversant l’Aulne sur le pont de Térenez, prouesse architecturale, passage vers le Finistère Nord, jusqu’au Faou, Ma-Unan (Ar Faou), face B de l’EP LA Forêt/Ma-Unan paru en juin dernier, sublimé par la voix de Madelyn Ann (Empyrean), là où la langue bretonne s’émancipe du chant traditionnel pour rencontrer le post-rock, mélange de douceur et de force, contant l’histoire de celui qui a quitté la terre pour rejoindre la mer, légende d’un lieu chargé d’histoire, un port enclavé au fond de la Rade de Brest, entre terre et mer, siège du Parc Naturel Régional d’Armorique… falaises, mer, forêt, diversités… et l’impression de flotter au dessus de cette immensité sauvage !

Mais le périple ne fait que commencer, l’idée, nous montrer un endroit particulier de chaque commune du canton de Crozon, des lieux inspirant l’artiste, qui le touchent, provoquant les émotions. La route nous conduit à Telgruc-sur-Mer, et la plage de Trez Bihan (Terrug), cernée de falaises de 25 mètres, je vous laisse fermer les yeux et poser le cadre, sable blanc, roches noires, la mer, le calme et la sérénité… je ne connais pas ces lieux mais les élans visuels, les touches organiques me font ressentir cette quiétude, un havre de paix.

A Crozon, Kraozon, le ton est moins contemplatif pour rentrer dans quelque chose de plus brut, frappe assurée de Steven « Smiley » Barnard (Archive), guitare saturé, une sorte d’effervescence en résulte, cette ville le centre de tout – au centre de l’album – là où tout se passe, l’effet est immédiat, impulsion de l’instant !

Soudain la douceur s’abat sur nous, Aulne (Pont-ar-Veuzenn-Kimerc’h), à l’entrée de la Presqu’île de Crozon, Pont-de-Buis enfoncée dans les terres, mais tournée vers la mer par l’Aulne, ce large fleuve côtier, se jetant dans la rade de Brest au niveau de Landévennec, un périple fluvial, flottaison tranquille, fulgurances mélodiques, l’ambiance est cotonneuse, teintée de dream pop, encadrée dans une caisse de résonance, chambre d’écho de l’espace, du temps… il y a quelque chose de salvateur, un mouvement.

Au bout de la Presqu’île de Crozon se trouve une petite presqu’île, Roscanvel, entourée de la mer sur trois de ces côté, isolée par sa position, c’est sur ces lieux que Dave Pen écrit et chante The Island (Roskañvel), aux côtés de Robin, deux histoires se croisent dans ce morceau : l’opération Anthropoid ou l’assassinat à Prague au printemps 1942 du SS et général de police Reinhard Heydrich par trois soldats tchécoslovaques, et le siège de Crozon, le courage et la ténacité des soldats espagnols qui ont tenu un mois de siège dans un fort à la pointe de Roscanvel, bataille qui a donné son nom à la Pointe des Espagnols.
Deux histoires éloignées dans le temps mais proche par la tension et la brutalité des faits, l’image et le son renforcent ce sentiment d’urgence, de panique, le son est lourd, montée de guitare dantesque, des assauts qui viennent troubler la paix.

La Forêt (Landevenneg), premier titre de Robin Foster sur l’EP du même nom, sorti au mois de juin dernier… en plein cœur de la forêt de Landévennec, onde sonore, la guitare nous rentre dedans, l’ambiance s’installe, douce, brute, éthérée, vibrante, vivante, sauvage… ce clip, à l’ombre des arbres, bref moment de résurrection, de communion, d’exutoire… quelque chose d’inquiétant se prépare, frénésie sensorielle, nous avançons en tremblant, libérant notre inconscient, traversés d’impulsions vibratoires… égarement, dans une forêt, le lieu s’y prête, tellement.

Je ressens une profonde énergie, comment ne pas avoir envie d’aller se perdre dans cette immensité, de laisser derrière nous tous nos démons, hurlement de l’âme… peut-être que décider de s’aventurer en ces territoires est une aventure de l’ordre du mystique, un repli sur soi nécessaire pour appréhender le monde de façon plus sereine… à chacun d’en faire l’expérience !

A noter, la session live au cœur de l’Abbaye de Landévennec, à retrouver ICI !

Le road-trip touche à sa fin, après un passage par Lanvéoc, Lanveog, expérience purement sensitive, c’est peut-être ce qu’il y a de plus difficile, saisir le son, lui donner du sens, une direction, construire une histoire… surtout lorsque l’on parle d’endroits lointains, inconnus, entre mes terres natales provençales et cette presqu’île au bout du monde, il y a… la France !

C’est d’autant plus difficile lorsque les chansons elles-mêmes sont ancrées dans un lieu, son essence, il faut savoir fermer les yeux, laisser le son construire l’image, comme une sorte de relief sonore, il y a une couleur particulière sur chaque titre de ce PenInsular II, comme si Foster avait voulu nous offrir les mille teintes qui caractérisent ce paysage, au bout du monde… il est temps de regagner Camaret-sur-Mer, la Pointe (Kameled), en toute sérénité, au bout de la presqu’île, entre terre et mer, la maison, lieu rassurant… mais quelque chose me dit que la suite n’est sans doute pas loin, surtout laissez défiler la dernière piste, à suivre… !

Robin Foster, PenInsular II (The Bridge)
sorti le vendredi 16 novembre 2018, il est disponible en CD, Digital, Vinyle chez tous les bons disquaires mais aussi par ICI.

http://chk1191.phpnet.org/wp-content/uploads/2018/11/RobinFoster_Peninsular2TheBridge_visuel.jpg

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