Chronique Musique

Bal(l)ades psyché pop folk dans New York avec Olden Yolk

olden yolk
Olden Yolk/Daniel Dorsa

Il y a parfois des albums qui, dès la première écoute, sont des évidences. Un peu comme le bain idéal : une eau à température parfaite, de la mousse à foison, des bougies qui sentent bon et hop c’est parti pour trois-quart d’heure à barboter dans le plaisir et la divagation. Ces albums sont toutefois rares, leur rencontre toujours donc un étonnement et une joie immense.

C’est exactement ce qu’il s’est passé pour votre chroniqueuse à l’écoute du premier album éponyme de Olden Yolk. Dès la première note, leur musique envoûtante l’a fait pénétrer dans une affusion élégante de pop et de psyché, étoffée par le mariage de deux voix qui se répondent à la perfection. Une baignade en eaux troubles mais à la maîtrise peu commune pour un premier essai et dans laquelle elle n’est pas entrée par le bout du petit orteil.

Alors, qui sont ces Olden Yolk ? C’est d’abord le projet d’un garçon nommé Shane Butler, qui fourbissait déjà ses armes dans le groupe new-yorkais psyché-folk Quilt, et voulait aller plus loin dans ses compositions personnelles. Dès 2012, il écrit sous la bannière d’Olden Yolk qui se veut un projet collaboratif. L’année dernière, Olden Yolk s’est fait connaître avec le très beau Beige Flowers, conçu suite au décès prématuré de la mère de Butler, et diffusé sur Bandcamp. Le titre, accompagné d’un texte émouvant, rencontre un certain succès, les revenus générés alloués à la recherche sur les maladies mentales. Le morceau pose les bases de ce que deviendra le groupe dans son futur opus : une pop rêveuse et mélancolique aux arrangements ciselés.

Beige Flowers by Olden Yolk

Sur Olden Yolk, Butler a choisi d’associer sa voix à celle de Caity Shaffer et de s’épauler du renfort du batteur Dan Drohan ainsi que celui du guitariste Jesse DeFrancesco. Un combo plutôt réussi tant le jeu d’écho entre les voix des deux chanteurs-compositeurs est hypnotique, leur musique accrocheuse. Un rock’n’roll adolescent mâtiné de mélodies envoûtantes, où il est question du doute de soi et de l’amour dans un décor urbain psychédélique, directement inspiré des influences de CAN et du Velvet Underground.

vital sign

Olden Yolk : de gauche à droite : Dan Drohan, Jesse DeFrancesco, Caity Shaffer et Dan Butler/Daniel Dorsa.

Ainsi, Verdant qui ouvre l’album, invite dès ses premières notes à se perdre dans les limbes du disque avec force et douceur. Les sons nébuleux sur lesquels s’ouvre le titre prennent de la puissance au fur et à mesure que le morceau s’étend.  Son roulis invite à lâcher totalement prise sur le réel. La puissance hallucinogène de la musique du groupe est encore plus forte sur le titre de fin, Takes One To Know One, dont l’ostinato de guitare et le duo vocal vous mettent dans une transe de huit minutes.

Le groupe sait cependant aussi quitter les longues plages psychédéliques pour composer des titres plus resserrés aux sonorités davantage tournées vers la pop et la folk.  Là encore, on peut dire qu’il excelle dans l’exercice.

Cut To The Quick, morceau bien troussé n’est pas sans nous rappeler Love ou encore Woods, dont deux membres ont d’ailleurs participé au disque, Jarvis Taveniere à la coproduction ainsi que le multi-instrumentiste John Andrews, membre également de Quilt, qui vient prêter main forte sur certains titres.

Vital Sign, petit bijou pop, tutoie la perfection et réveille les consciences. Composé à l’hôpital par Caity Shaffer, le titre a été influencé par plusieurs choses. D’abord sa maladie et la paranoïa engendrée par la solitude qui en résulte, avec cette peur de perdre la tête. Ensuite, en lien avec l’affaire Trayvon Martin, tué par George Zimmerman, et qui avait alors défrayé la chronique. « It could have been you too » nous chante ainsi Caity pour dénoncer ceux qui ont osé soutenir ou comprendre le geste meurtrier de Zimmerman dans son pays.

Inutile d’en dire ou divulguer davantage au risque de briser le charme de la découverte ou de lasser. Cependant, il est assuré que rien, aucun titre n’est à jeter dans ce premier album.

Olden Yolk s’écoute d’une traite que l’on voudrait sans fin et l’on en ressort un peu hagards, mais bien. Le bain parfait, vous dis-je ! Il ne tient qu’à vous d’y plonger vos oreilles.

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Olden Yolk – Olden Yolk – Sortie le 23 février chez Trouble In Mind Records

Olden Yolk sera en tournée au printemps en Europe et jouera le 30 mars à Anvers (Oude Badhuis), le 1er avril à Paris (Espace B), le 5 avril à Gand (Trefpunt).

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