Chronique Musique

Nick Batterham et Adrian Whitehead, troubadours pop des antipodes

Popboomerang
Photo : SP Popboomerang
Ecrit par Jean-Baptiste

Rapportée à son nombre d’habitants, l’Australie est peut-être actuellement le pays le plus dynamique sur la mappemonde pop, et un label comme Popboomerang fait partie de ceux qui apportent, modestement mais sûrement, leur pierre à cet édifice depuis plus de quinze ans.

Fondé en 2002 par Scott Thurling, alias Scotty Pop, cette maison a promu et tenté de faire découvrir des dizaines d’artistes ou groupes assimilables au spectre pop au sens large, dans l’acception folk, rock, indie, ou power. Si peu de ses poulains passent le cap de notoriété qui permet d’accéder à une visibilité internationale, ce travail inlassable aura permis de constituer une belle liste d’artisans au service de la mélodie. La double compilation Aches And Shakes, parue en 2012 pour les dix ans du label et pourtant non exhaustive, affichait ainsi fièrement 40 références parmi lesquelles les remarquables Tim Reid, Sunshine Ponies, Brilliant Fanzine, ou Adrian Whitehead et son emblématique Caitlin 60’s Pop Song.

Nerd From The Suburbs par Adrian Whitehead - Popboomerang

Ce dernier a justement fait paraître cette année son deuxième album, Nerd From The Suburbs. Il était attendu depuis longtemps par les aficionados de ce Melbournian puisque le premier, One Small Stepping Man, date de dix ans. Sa voix douce-amère porte des morceaux d’une grande variété, marqués par l’héritage des Beatles (la guitare du morceau d’ouverture, Folie A Deux, est harrissonnienne tandis que le legs de John Lennon transparaît à plusieurs reprises). Sur l’impressionnant Sigmund Freud, tout part doucement d’une boîte à musique et de cuivres avant que, dans la dernière partie, le délire psyché rappelle à notre mémoire la fin mythique d’A Day In The Life. Au titre des références, Nerd From The Suburbs convoque aussi l’incontournable Elliott Smith (First World Solutions) ou son compatriote Peter Miton Walsh sur le poignant True South qui, gorge nouée mais ton posé, évoque What’s Left Of Your Nerve de The Apartments.

On sent que notre homme a traversé des moments difficiles même si la lumière pénètre largement dans l’édifice musical. Les paroles ne sont pas là pour habiller la musique mais sont partie intégrante du charme qu’opère l’album. Les textes de Blaming The Snake, sur le péché originel (« Blaming the snake’s got a use by date »), Sigmund Freud sur … le père de la psychanalyse, ou de True South sur son rapport à son père (« We’re just the same, I’ve got your nose I’ve got your name ») révèlent aussi un auteur ultrasensible, plein d’humour et d’ironie.

Golden Boy par Nick Batterham - Popboomerang

Nick Batterham n’a pas dû non plus rigoler tous les jours, en témoigne sa voix pleine de fêlures. Le titre de son quatrième album, Golden Boy, est finalement, comme celui de son camarade de label, une façon de se présenter en se disqualifiant en apparence, sur un mode certes plus ironique qu’Adrian. Comme lui, il sait faire carillonner les guitares à l’occasion (son Nothing Lasts pourrait être le pendant de Gilded Cage) mais opère généralement sur un versant intimiste qui n’exclut pas une instrumentation riche faite de guitares, cuivres, cordes, xylophone ou harmonica. Sur Medals, quelques notes de piano servent d’entame solennelle avant que cordes et maillets ne résonnent comme dans Ocean Rain d’Echo & The Bunnymen.

L’Australien est surtout un brillant mélodiste, tour à tour frissonnant (Impossible et son écho dans la voix), fantomatique (Threadbare) ou émouvant (I Know I’m Home). Il le démontre notamment dans l’enchaînement entre le tremblant No Excuses et le sobre Never Write A Love Song, qui tient du miracle. Sans tapage, Nick Batterham construit un monde pop miniature. Un magnifique « petit » disque.

Nerd From The Suburbs par Adrian Whitehead
Paru chez Popboomerang en mars 2018
Golden Boy par Nick Batterham
Paru chez Popboomerang en avril 2018

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