Chronique Musique

Ciel gris clair chez Motorama

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Motorama / Irene Parshina
Ecrit par Ivlo Dark

L’accroche est sans surprise, Motorama est de retour pour un cinquième album et, de toute évidence, l’esprit du nouveau disque n’est pas marqué d’un farouche chamboulement.

Si le quatuor est devenu trio, le tempo est toujours aussi répétitif, la production ultra épurée et le tout emballé par un attirail d’effets débarqués d’un glorieux passé trouvant ses racines dans un post punk chargé de pulsations minimales froides (pour reprendre mes propos déjà développés à l’occasion de la sortie de l’excellent Poverty gravé dans le marbre en l’an de grâce 2015).

Dans l’oreillette, l’un de mes camarades de plume me souffle tout de même que le groupe verse désormais du sucre dans sa vodka. Je lui jalouse la paternité de la formule tant il est vrai que Many Nights donne l’impression d’adjoindre bien plus de friandises dans son shaker.

Nous sommes encore une fois au port de Rostov-sur-le-Don et plus particulièrement dans le home-studio de l’ami Vladislav Parshin. Le pitch nous promet une nuit rêveuse où les jeux d’ombres se mêlent à notre imagination. L’inspiration puise sa source de la scène new wave ayant sévi durant l’ère soviétique, outre les compositions électroniques du maestro Edouard Nikolaïevitch Artemiev réputé pour ses illustrations cinématographiques. Pour ce qui est des textes, le groupe emprunte aux poètes surnaturels les fins mots de l’histoire.

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Au final, nous accueillons dix pistes dont la durée est ultra resserrée, la moyenne par morceau dépassant rarement les trois minutes. À cet effet, il sera possible de pinailler à l’encontre de la démarche. À mon sens, celle-ci vient renforcer l’acharnement à ne pas s’encombrer de développements superflus. L’idée une fois exposée n’a plus à rebondir maintes fois et si l’efficacité des enchainements est souvent à la pêche, le filtre déployé ici à titre de quasi dogme mérite d’être salué amplement.

Il en ressort une évidente efficacité doublée d’un dynamisme rigoureux. Many Nights est la confirmation d’impressions simples, aiguisées et venant mourir sur des fins de portées en trompe-l’œil inachevé.

L’humeur est bien plus pop à l’écoute de Second Part qui affirme un penchant manifeste pour des rythmiques plus entraînantes. Est-ce l’annonce pour autant d’une nouvelle ère ? Je suis bien mitigé quant à cet aspect des choses. Le pouvoir d’attraction de cette amorce est réjouissant, étoffé d’éclats mélodiques qui nous mènent vers une danse quelque peu irraisonnée.

Il y a une criante sincérité dans l’exécution de la bagatelle grâce notamment à ces arpèges qui résonnent comme autant de sourires dans l’espace. Pour autant, les russes ne troquent leurs teintures obscures que pour des nuances juste un peu moins foncées.

Avec Kissing The Ground, c’est la basse qui est placée en tête de gondole avant qu’un refrain soyeux ne désamorce la grisaille percée par quelques rayons lumineux. Mêmes effets, mêmes conséquences avec Voice From The Choir qui étale son murmure introductif, puis d’un frémissement électronique et quelques glissades filandreuses vient dompter la tentative avortée d’assombrissement.

Si nous devions retenir une seule pièce du nouveau venu, sans hésitation je me permettrais de détacher No More Time du lot. À la première appréhension, c’est comme la rencontre avec un tube de The XX sous speed. L’énergie est corpulente, la chevauchée fantastique à en donner le tournis dans un ravissement non dissimulé. Cette ossature musicale vient parfaitement se greffer au chant toujours aussi monocorde, en sourdine, tranchant habilement avec moult boucles revigorantes.

Motorama ne sera pas exempt de quelques péchés mignons qu’on voudra bien leur pardonner. Si le traitement des synthétiseurs demeure un poil ringard, la compensation s’exécutera à la chaleur aiguë d’une guitare. L’auditeur se régalera encore longtemps des sensations aigres-douces qui se nichent au sein de Bering Island dont le folk déchirant marque quelques contrastes au cutter.

En bref, Many Nights est hautement recommandable pour celles et ceux qui sauront y dénicher la vitalité derrière des apparences élémentaires.

Sortie le 21 septembre via Talitres.

 

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Clin d’œil :  Christophe Gatschiné

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