Chronique Musique

Linda Perhacs ou l’harmonie du monde !

Linda Perhacs Press Photo by Rachael Pony Cassells
Linda Perhacs / Omnivore Recordings / SP / Rachael Pony Cassells / 2017
Ecrit par Mag Chinaski

Tout vient à point à qui peult attendre.

François Rabelais, Pantagruel (Livre IV, chapitre 48), 1532

Quand on prend un peu de recul sur le parcours de Linda Perhacs, on ne peut s’empêcher de penser à cette phrase de Rabelais, devenue proverbe… une carrière qui a débuté en 1970, avec seulement trois albums à son actif, dont le dernier en date, I’m a Harmony, sorti ce 22 septembre chez Omnivore Recordings.

Retour en 1970, Linda est alors dentiste à Los Angeles, surprenant n’est-ce pas, et pourtant, en pleine période flower power, Linda est aussi une hippie convaincue, proche de la nature… qui croise la route d’un certain Leonard Rosenman, compositeur de bandes originales de film de légende, à qui l’on doit, entre autres car la liste est impressionnante, La Fureur de Vivre, Barry Lyndon ou encore La Planète des SingesLeonard, est un patient de la clinique où travaille Linda et une amitié se tisse entre les deux, au fil de leurs discussions, il découvre qu’elle compose depuis son adolescence, et la convainc d’enregistrer ses chansons.

Ni une, ni deux, il lui trouve un label, un studio, et des musiciens, pour enregistrer ce qui allait devenir un album culte, Parallelograms… mais, fait inexplicable, le label Kapp Records n’assure pas la promotion du disque et il retombe dans l’oubli avant d’avoir pu décoller.
Il faudra donc attendre 45 ans avant que cette merveille soit exhumée, avec une réédition digne de ce nom à la clé, Linda Perhacs est alors encensée par des artistes comme Sonic Youth, Daft Punk (qui ont utilisé son morceau If You Were My Man sur leur film Electroma) ou encore Opeth.

linda-perhacs-parallelograms-1970

Ainsi Linda Perhacs est enfin reconnue, considérée comme une grande source d’inspiration pour la planète indé, si bien que Sufjan Stevens lui propose, en 2014, d’enregistrer un nouvel album au sein de son écurie Asthmatic Kitty, The Soul Of All Natural Things. Un second souffle pour l’artiste, alors âgée de 71 ans, qui n’a rien perdu de sa voix cristalline, comme si le temps n’avait eu aucun effet sur elle, conservant une aura lumineuse, quasi mystique. Produit par Fernando Perdomo et Chris Price, cette merveille hypnotique voit évoluer des artistes comme Julia Holter à ses côtés, digne disciple de la dame, cela semble évident !

Après ce retour flamboyant, assurant sa place au sein de la scène psych folk, elle choisit le label Omnivore Recordings pour nous offrir un troisième album, I’m a Harmony, entourée de Perdomo à la production, l’équipe s’enrichit de la présence de Pat Sansone, multi-instrumentiste, sévissant au sein de Wilco notamment. 11 titres, 53 minutes et des collaborations de hautes volées, avec toujours Julia Holter, qui prête sa voix sur pas moins de quatre titres, dont le morceau éponyme I’m a Harmony, morceau le plus long de l’album, un peu plus de 8 minutes d’un voyage cosmique, comme en apesanteur, mêlant des touches électro aux relents psychédéliques, échos sibyllins quasi enfantins, I’m a harmony and exponentially /I’m singing this to you, et quelle harmonie !

L’album s’ouvre sur Winds of the Sky, en duo avec Nels Cline, autre échappé de Wilco, rythmique downtempo, et superbe solo de guitare de Cline à la fin, les mélodies sont somptueuses, puissance des éléments !

Le second titre, We Will Live, accueille Devendra Banhart, qui pose un spoken-word hispanisant à 3 minutes 50, reprenant les mots de Perhacs :
Si vamos a vivir (If we are to live) / Si vamos a saber (If we are to know) / Si vamos a tener esperanza (If we are to hope) / Si vamos acrecer (If we are to grow)…
Si nous voulons vivre, nous ne pouvons le faire qu’avec les autres, échanges d’énergie, le tout porté par un arpège métronomique et les voix célestes de Perhacs et Holter.
Le motif semble toujours le même, on retrouve en ce sens les thèmes chers à l’artiste, les relations entres les êtres au milieu d’un tout, regard méditatif limite contemplatif, la grande harmonie du monde… héritage d’une époque qui n’est plus mais persiste dans l’univers onirique de Perhacs, revival new-age, oserais-je dire..?

Le projet est né d’un crowdfunding. En 2016, circulait déjà le morceau The Dancer, annonçant la sortie de ce troisième album, et ses collaborations alléchantes, un an plus tard, le résultat est là, un bijou sonore ! Linda Perhacs dira, dans son communiqué de presse, au sujet de son album :

This is my third album, says Perhacs. It is truly my best so far because it is a collaboration with other amazing artists. In our world that is increasingly suffering from an ‘Eclipse of All Love,’ this album will renew your love and ‘Wash Your Soul in Sound’.

Une promesse ? Bien plus que ça, l’harmonie irradie de toutes parts, qu’elle soit musicale, intérieure, dans l’espace, entre les éléments et le vivant… une énergie prismatique, new-age, j’ose le dire !
Notons – puisqu’il semblerait fou de sombrer dans une analyse de chaque merveille que recèle cet album – Crazy Love en featuring avec The Autumn Defense et ses teintes bossa nova americana, You Wash My Soul In Sound, avec Bill Pritchard, douceur acoustique… et je vous laisse découvrir le reste de l’album, après tout rien ne vaut une écoute, au casque de préférence car c’est là que les textures sonores se révèlent, toutes ces petites touches organiques… un troisième album tout en finesse qu’il faut prendre le temps de savourer. A près de 75 ans, Linda Perhacs n’a rien perdu de sa fraîcheur et de sa créativité, bien au contraire, elle reste et restera une grande source d’inspiration !

L’album de Linda Perhacs, I’m a Harmony, est sorti le 22 septembre 2017 chez Omnivore Recordings, il est disponible en Digital et en CD chez tous les bons disquaires, on regrettera l’absence de support vinyle, mais qui sait…!

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