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La daronne de Hannelore Cayre : le patron est une femme.

Ecrit par Gringo Pimento

Qui est La daronne ? Comment est-elle apparue dans les circuits de la drogue française? Comment fait-elle pour échapper aux radars des policiers? Et pourquoi a-t-elle subitement disparu de ces mêmes radars ?

La darone c’est l’histoire de Patience. Une partie de son histoire en tout cas.

Hannelore Cayre, avocate pénaliste, nous propose à travers ce roman de connaître la vie de Prudence qui, avant d’être la daronne, fut la petite fille collectionneuse de feux d’artifice, prise en photo presque par hasard avec Audrey Hepburn. Episode très troublant et très beau, nostalgique au possible d’une femme à la dérive qui ne peut s’empêcher de vouloir revivre ce passé sublimé par la photo.

Des moments comme celui-ci, le roman de Cayre en regorge. C’est sûrement pourquoi il m’a tant plu.

Patience, mariée, mère de deux enfants, qui perd son mari subitement, qui se bat pour ses filles. Patience, qui a connu une enfance spéciale également avec un père, à la limite de l’illégalité. Patience, qui comme sa mère, fut totalement prise en charge par son mari, va se révéler une fois celui-ci mort.

La daronne, c’est aussi une histoire de souffrance. Prudence s’occupe de sa mère, placée en maison de retraite. Les aides soignantes compréhensives contre une directrice qui ne pense qu’à rentabiliser son « affaire ». Et les tourments endurées par sa mère, qui se calquent sur Prudence :

Jusque-là, j’avais pleuré sur mon impuissance, sur mes immersions obligées dans ce mouroir abominable, sur le spectacle affreusement déprimant que ma mère m’infligeait… Mais là, à la voir débloquer en grenouillère au point de ne même plus savoir qui elle était, je touchais le fond de la condition humaine…et c’était vertigineux à quel point il était loin, le fond.

La daronne, ce sont plusieurs histoires qui se télescopent dans un court roman, 170 pages suffocantes.

A la fois des pages d’amour et de violence. De souffrance, de répit, de peurs et de drogues, de caïds ignorants et stupides, avec la violence chevillée au corps.

Hannelore Cayre nous offre un personnage incroyable, cinématographique au possible (l’auteur ayant adapté un de ses précédents romans, nous nous prenons à espérer qu’elle en fasse de même avec celui-ci). Un personnage avec plusieurs vies.

Ce sont ces vies que Cayre nous conte, passant de l’une à l’autre dans un foisonnement intense qui fait que nous ne voulons lâcher le livre pour rien au monde, préférant souffrir avec Prudence, pleurer avec elle sur son enfance perdue, sur son mari disparu, sur ses filles pour lesquelles elle ferait tout mais qui lui donnent si peu et prenant grand plaisir à voir notre daronne mener de front son métier et son nouveau statut de baronne de la drogue !

Une lecture addictive !

À noter que La daronne a reçu le prix « Le point » du meilleur polar européen 2017.

La daronne de Hannelore Cayre, éditions Métailié, mars 2017

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