Chronique Musique

Hip, hop, boom, bap, les onomatopées prometteuses de La Bergerie

La Bergerie
La Bergerie/2018/Service Presse
Ecrit par Jism

S’il y a bien une chose qu’on ne pourra pas reprocher à Specific Recordings, label Messin dont Addict-Culture vous avait déjà parlé il y a quelques mois, c’est de ne pas être éclectique. Après le rock indé bien sec de Raymonde Howard, le cold wave minimaliste d’Avale, la soul de The Vogs, place aujourd’hui au rap de La Bergerie. C’est à l’origine un duo (un homme – Geber-, une femme –Lou-, chabadabada), formé à Charleville Mézières et auteur d’une démo/album, Maurice, sorti en 2016 sur Bandcamp, décalé et prometteur. Le duo y propose un rap plutôt cool, nourri au jazz, au boom bap, suffisamment séduisant (musicalement et textuellement) pour que les disquaires de La Face Cachée s’y intéressent et leur proposent de sortir leur premier album en format physique. Sur Transhumance, (Bergerie … transhumance … humour) le duo poursuit tranquillement le chemin pris sur Maurice. A savoir un rap musicalement plutôt cool, assez référencé (IAM, Le Klub Des Loosers, ATK, Jazzmatazz), très organique, qu’on imagine aisément reproductible sur scène, un pied dans le passé, dans la culture des 90’s notamment (2118 renvoie à l’abstract de Dj Krush, Dj Shadow, Zeon à la neo soul), un autre dans le présent (Youtube, les collaborations avec Snef, 37W) non dénué d’humour (le jingle de windows à la fin de 6ème Sens, les paroles se moquant souvent du machisme inhérent au genre) et doté d’une curiosité musicale très très riche (les références, bien au-delà de DJ Shadow et consorts, iraient du côté du cool jazz, genre Davis, Brubeck, ou encore des B.O.)

Si l’ensemble paraît assez léger à l’écoute et se consomme comme un bon spliff, avec pas mal d’effets positifs (textes dotés d’un second degré salutaire, musique au top), la descente est en revanche parfois rude (le mélancolique Tropico, ou les trois derniers morceaux à la tonalité beaucoup plus sombre : Lune, noir, les beats lourds de Moaï, la folie de Tumeurs, évoquant par petites touches celle de Danny Brown) amenant des écarts de conduite plus que limites (le refrain de Raclette notamment, le flow parfois trop appuyé de Lou). Néanmoins, malgré ces défauts, le talent dont fait preuve La Bergerie sur Transhumance laisse à penser que le duo, à géométrie variable sur scène, pourrait bien faire parler de lui à nouveau dans les années à venir. Non seulement grâce au jeune âge des protagonistes (pas plus de 24 ans, donc tout le temps qu’il leur faut pour évoluer) mais aussi pour l’esprit dont ils font preuve : décalé, lucide, parfois désenchanté, subtil dans la dénonciation des maux de notre époque (pas besoin de longs discours, un collage parfaitement agencé suffit amplement. Cf Maman, C’est Quoi Youtube ?) et doté d’une plume volubile et talentueuse, bien loin de l’aspect frontal ou de l’engagement politique de certains autres groupes. Bref, on pourrait la faire prévisible en affirmant avec aplomb que La Bergerie, c’est un peu le vilain petit canard du rap ou, si vous préférez, le loup (plutôt cool) dans la bergerie (un tantinet agressive), mais ce ne serait pas rendre justice à Transhumance, carte de visite pleine de promesses, dont on espère qu’elles se concrétiseront au prochain opus qui, selon toute logique, devrait arriver dans six mois, pour la transhumance estivale.

La Bergerie – Transhumance
Sortie le 28 Septembre chez Specific Recordings

ainsi que chez tous les disquaires amateurs d’onomatopées  musicales en tous genres.

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