Chronique Musique

L’année Juliette

Ecrit par Eric Aussudre

Des nuages aimables sur fond rose, des traits saillants, de longs cheveux châtains et coiffant cette chevelure un empilement de couronnes de galette des rois. Le visage indocile regarde vers la gauche comme un dernier retour vers la chambre d’enfant avant l’âge adulte.

Il y a comme un pin’s de nostalgie planté tout droit dans ma poitrine
(chante-t-elle sur Manque d’amour)

Juliette, la trentaine, mais encore des rêves de princesse au petit pois. La voix est à l’unisson de ces rêves-là, avec ces aigus fragiles, presque murmurés (Sous la pluie), qui miment l’essoufflement sans jamais pourtant manquer d’air (Alexandre). Juliette, c’est aussi la reine des pommes, souvent dupe de garçons cruels et négligents, qui disparaissent sans laisser d’adresse (L’accident, L’amour en solitaire), une « petite amie » qui cherche « l’amour de sa vie » mais pour qui les flèches de Cupidon sont souvent empoisonnées (L’indien).

Ce très beau disque est saturé de bérézinas sentimentales

(…) à la guerre comme à l’amour, tu gagneras toujours.

mais surtout d’amour inassouvi, véritable fil rouge de ces douze bouteilles à la mer.

Ce qu’il y a d’épatant dans le disque de Juliette Armanet, c’est ce refus de se cacher derrière l’ironie, la distance voire les calembours qui, chez tant d’autres, finissent par masquer les vrais sentiments.

Juliette chante à visage découvert (« je tente le tout pour la vie », quelle jolie formule), ce qui n’exclut pas le ton décalé, parfois grinçant (Cavalier seule). Elle se montre le cœur à nu, jouant des mots plutôt que jouant sur les mots, même si à ce jeu elle se brûle parfois (« à la guerre comme à l’amour, on perd un peu toujours »).

Crédit photo : Arthur Delloye

Il en va de même pour la musique, s’aventurant sur des territoires qu’on croyait « anathémisés », ceux d’une certaine variété riche en claviers qui fit les riches heures des shows Carpentier mais Juliette n’en a cure et son refus de ce que d’aucuns appelleraient le bon goût nous va comme un gant.

Elle tente et réussit ce « slow interdit » car sa grâce toute patricienne l’empêche de verser dans un décor trop galvaudé. Le fil est ténu mais Juliette Armanet a des adresses d’équilibriste. On pourrait signaler sa parenté avec d’illustres devancier(e)s, ces notes qui nous semblent avoir été entendues ailleurs mais à quoi bon ? Ce serait dénier une part de la singularité de ce disque superbe dont au moins quatre chansons (Sous la pluie, A la folie, A la guerre comme à l’amour, l’Accident) nous feront bien plus que le printemps, aussi beau soit-il.

« Je sais qu’un jour mon cœur fera sa loi » affirme t-elle au détour d’À la guerre comme à l’amour. Gageons qu’à votre tour, très bientôt, vous succomberez à la loi de Juliette Armanet.

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