Chronique Musique

H-Burns, orfèvre du spleen radieux

Ecrit par Ivlo Dark

Je me suis réveillé d’une longue nuit sans sommeil avec l’impression que celle-ci avait duré une éternité. Devant le miroir de la glace, je voyais le visage d’un homme inconnu. Nouvelle peau… La sensation étrange d’être dans un rêve. J’ai réalisé que j’étais juste une version fantasmée de moi-même. Je me suis alors approché de la platine afin de glisser un nouveau CD dans le lecteur. Mon sésame pour le retour à la réalité ?

Issu de la scène post-rock avec son ex groupe Don’t Look Back, Renaud Brustlein va troquer l’électricité pour l’acoustique d’un premier album solo, bel hommage à la légende Johnny Cash. Révolution donc chez le musicien qui dévoile alors son nouveau projet H-Burns. La suite se fera sans heurts avec une reconnaissance d’estime provoquée par la découverte extatique de Night Moves, cinquième album à l’élégance simple. Fil conducteur qui déclinera le folk au chant éploré, notamment celui de Silent War. Le reste sera du même calibre avec en point de mire, de nouvelles aventures sous un soleil tamisé.

Je pousse le volume, me pince pour savoir si tout ceci n’est pas une hallucination. Rapidement une forme de quiétude envahie la pièce. Les trois premières minutes (et 26 secondes) de We Could Be Strangers peuvent défiler. Je prends alors le livret et constate la présence de sept musiciens intervenants à plusieurs titres sur le recueil. La conséquence de ce casting luxueux ?  Une épaisseur amplifiée par une panoplie, certes impressionnante sur le papier, mais qui ne vient pas étouffer de surplus ce disque enregistré en France, mixé à Los Angeles par Rob Schnapf et masterisé à New-York par Greg Calbi .

Je me laisse alors glisser dans un état de somnolence. Le désir de ne plus remonter à la surface.

I Wasn’t Trying To Be Your Man résonne avec ses colorations soignées, sa rythmique attachante, ses réverbérations estivales. Enchainement avec la mélopée sublime de This Kind Of Fire. Retenir l’instant et cette maturité dans la construction de l’édifice. Plus de moyens qui n’annihilent pas l’âme des compositions et dont la qualité de grains offre l’anoblissement parfait d’une photographie précieuse.

La ballade Kid We Own The Summer (titre qui donne son nom à l’album) est d’une douceur immense. Il y a une fois encore le timbre vocal de Renaud Brustlein marquant l’expression d’un spleen superbe. Derrière le balancement marqué par un piano délicat, je découvre un esprit qui ne reste pas planté dans une langueur trop statique. Bien au contraire, la force du disque est dorénavant dans l’évolution intérieure.

A ce titre, le brillant tube Naked confère une singulière dextérité dans le phrasé :

« I hate to be a killjoy about it
But wanna be in your arms
When the earth is turning black”

Résumé de la tonalité ambiante ou de la recherche de l’amour absolu alors que, dehors, le monde ne tourne plus…

Je suis alors pris d’un vertige, une sorte de sursaut qui me fait basculer hors de ces reliefs affectifs. Je titube mais m’accroche pour ne pas quitter ce havre de paix mis en lumière par un orfèvre inspiré.

La seconde partie de l’opus s’ouvre sur un télescopage de questions. Le récitant, tout comme moi, semble perdu, en quête de réponses aux troubles qui l’entourent. En arrière-plan, le décor semble pourtant si serein !

Il y a désormais une modernité architecturale qui transparait avec le concours de quelques vibrations ordonnées. A l’exemple de cette basse qui se détache puis prend les allures d’ornements contemporains. C’est désormais une pop stylisée et loin d’être déplaisante qui fait office de refuge dans l’exécution de Minor Days. Le morceau souligne son inscription pleine et entière dans l’œuvre sans que cela ne vienne choquer l’auditeur que je suis. Avec un certain recul, il témoigne même d’une certaine habilité de son auteur dans la cohérence des composantes audacieuses. Sans parler réellement d’expérimentations, c’est une nouvelle ligne d’explorations qui mérite la redite.

Les symptômes de désorientations sensorielles s’estompent. J’ai soif de cette musique avec laquelle je suis de plus en plus acclimaté.

Si l’indéboulonnable nostalgie est toujours présente, les pulsations de mon cœur s’accélèrent au même titre que les BPM de I Sailed In Troubled Waters dont la vivacité est une cure redoutable. Je perçois alors les contrastes derrière les évidences. Point de paresses ni longueurs inutiles. La configuration d’une poursuite logique dans laquelle s’imbrique une multitude de finesses ciselées au millimètre…

Le final est tout simplement magique avec cette simplicité retrouvée qui se faufile discrètement sur un point d’orgue quasi galactique.

Prolonger le moment… Il me restera encore du temps pour me délecter grâce à l’écoute des bonus vaporeux de cet album disponible depuis le 3 Février 2017 chez Vietnam / Because Music.

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