Chronique Musique

Grizzly Bear, « Painted Ruins » : état de grâce !

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Grizzly Bear // RCA Records/Sony Music // Photo : Tom Hines // 2017
Ecrit par Mag Chinaski

Parce que parfois, dès la première écoute, le miracle se produit, comme une évidence, une sensation de plénitude intense, un plaisir incommensurable… aurait-il pu vraiment en être autrement avec Grizzly Bear ?

Je pose la question en toute innocence, je ne sais que trop bien que les longues attentes provoquent parfois des frustrations… cinq ans depuis le monumental Shields, chef d’œuvre qu’Ed Droste, Daniel Rossen, Christopher Bear et Chris Taylor nous ont laissés, avec des merveilles comme Sleeping Ute, Sun In Your Eyes, Gun-Shy, Yet Again… j’en passe, je pourrais citer chaque titre !

Tel est le destin des albums devenus classiques, ceux que l’on peut écouter sans se lasser, des dizaines, des centaines de fois, avec toujours le sentiment de découvrir un son, une impression, un sens qui nous auraient échappé !

Grizzly Bear, un groupe, un vrai, une formation dans laquelle chaque membre a son importance, des personnalités complexes et lumineuses qui, quand elles se retrouvent, ont l’art de sublimer le réel. N’ayons pas peur des mots, admettons que ce groupe est l’une des plus belles choses que le 21ème siècle a pu produire au niveau musical… la légende dit que dans chaque décennie un groupe se révèle et marque sa génération !
Depuis 2004, il est évident que les brooklynois prennent de plus en plus leur envol… vers des sommets !?

Chose pénible, me direz-vous, que de refaire l’histoire d’un groupe, mais il est à souligner que ce projet fut d’abord un projet solo, celui d’Edward (Ed) Droste, deux albums en la qualité d’un grizzly qui nous a offert entre 2004 et 2006 des compositions minimalistes, épurées aux relents lo-fi.

Christopher Bear, le nom était prédestiné (pardon, évident et tellement facile), apporte son appui en qualité de batteur, Chris Taylor ne tarde pas à les rejoindre, bassiste au son hypnotique… mais le groupe connaîtra un virage avec Daniel Rossen, heureuse rencontre de Christopher Bear (prédestiné je vous dis !) et le début d’une nouvelle aventure en 2006 avec Yellow House, premier album signé chez Warp, label plus connu pour ses signatures de haute volée en électro (Aphex Twin, Boards of Canada…).

Prenons pour point de départ cet album pour annoncer que ce 18 août 2017, Grizzly Bear nous sort Painted Ruins, leur 4ème album sous la forme actuelle, chez RCA Records/Sony Music, le premier chez une major et certainement un des grands albums de 2017 !

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Fin 2016, l’album est terminé à 80%, la pression monte… annonce évidente d’un nouvel opus pour 2017. Le 04 avril, les choses se confirment, c’est le début des teasers. Presque chaque jour, le groupe nous livre des morceaux, des petits bouts de 30 à 40 secondes qui commencent à me rendre dingue, spéculations, thèses farfelues sur la sortie de l’album, attente d’un nouveau single qui devient… obsessionnelle !

Quand soudain, le 05 mai, la délivrance arrive, un nouveau titre, le premier en cinq ans !

Three Rings, message de la Cheffe (qui connaît toutes nos petites faiblesses musicales), un lien Youtube et me voilà transportée en terrain connu, oui connu, car je retrouve avec bonheur le son aérien, éthéré de Grizzly Bear. Je ne peux pas m’arrêter à une seule écoute, l’addiction se met en place, je sais que je suis foutue, je me dis que ces mecs, n’en déplaise, sont les dignes héritiers de Radiohead, un seul titre et je sais… !

Oui je sais… réminiscence de Sleeping Ute, ce morceau, sans doute mon préféré de la carrière fournie du groupe… Three Rings, premier single et retour à la beauté, ces arpèges de guitare organiques, montée foudroyante à 3’36 du morceau, univers onirique, voyage céleste… un morceau, oui… attendre la suite avec une impatience enfantine et découvrir Mourning Sound, quelques semaines plus tard, single évident !

Et de nouveau la magie opère, plus pêchu, la batterie appuyée de Bear, les voix de Droste et Rossen qui se répondent, duo magnifique… la particularité de ce groupe réside aussi dans le fait que chaque membre est multi-instrumentiste et participe activement à l’élaboration de chaque titre, une richesse… sans aucun doute. D’ailleurs, cet album n’aurait jamais vu le jour sans la patience de Chris Taylor !

Pour la petite histoire, après le succès de Shields, les tournées, la promo… une pause salutaire était de rigueur, sans suite bien définie, éclatement géographique, projets solos divers et variés… mais Taylor, au bout de six mois de séparation, a pris les devants :

Je n’arrêtais pas d’envoyer des messages aux uns et aux autres, dit-il. En leur expliquant qu’on devrait se remettre à enregistrer un album. J’avais envie de refaire de la musique avec eux. Malgré plein d’autres activités – l’écriture d’un livre de cuisine, la production d’autres artistes – ce que je préfère reste néanmoins de travailler avec mon groupe. Je commençais à m’ennuyer terriblement, dit-il en riant.

Un travail de longue haleine, puisque c’est en mars 2015 que le processus créatif démarre enfin… trois ans après Shields, deux ans avant la sortie de Painted Ruins… prendre son temps… Taylor a même poussé le vice en se mettant à la guitare pour composer des chansons, je citerais les deux derniers titres, Systole et Sky Took Hold, ou quand le bassiste décide de provoquer les muses !

Au cœur de l’été, je ne cache pas que j’écoute ce nouvel album depuis une semaine sans flancher, inlassablement, amoureusement, oserais-je dire, je tourne en boucle cette merveille… tout est dit et pourtant les mots me semblent tellement dérisoires… le jour où j’ai reçu le lien d’écoute tant attendu, clic fébrile sur le bouton Play, et là, Wasted Acres, mélange de langueur groovy, sexy, jazzy… peut-être leur morceau le plus sensuel.

Au passage, si quelqu’un peut nous dire ce que signifie TRX 250, matraquée dans le refrain, ligne entêtante… première piste, ça commence en beauté avant les trois singles découverts sur Youtube… Mourning Sound, Four Cypresses, Three Rings… en toute honnêteté, au second titre je sais déjà qu’il ne sera pas évident de vous parler de cet album, tant par la richesse musicale qu’il recèle… ces couches successives, qui se révèlent à chaque écoute, tout est parfaitement calibré, non pas dans le mauvais sens du terme, mais dans un éclair lumineux qui vous traverse à chaque seconde, pénétré d’impressions lancinantes, surprenantes, et toujours la basse de Taylor, la frappe de Bear, la base est évidente… pour le reste, on ne sait où donner de l’oreille, entre les claviers, les touches de guitare, les relents électro… !

Four Cypresses, comment ne pas penser à Radiohead, OK Computer, influence que l’on ne peut ignorer, mais malgré tout, la touche Grizzly Bear est reconnaissable… un casque sur les oreilles, la magie se met en place, vibration des émotions, résonance salvatrice, terrifiante beauté, oui, mais quoi d’autre au fond, les mots… difficile. Je vous avais prévenus, à 2’27 du morceau, j’ai déjà envie de pleurer… la joie me traverse !

En faire trop ? Quand au troisième titre d’un album on ressent déjà une profonde plénitude, et que l’on se surprend à réécouter plusieurs fois chaque piste, on sent que l’issue sera heureuse !

Et elle l’est, il va falloir se réfréner, en dire trop, certainement pas assez, une succession de titres absolument fabuleux, un sans-faute… Aquarian, ma pépite, ces breaks de batterie, rupture du temps, puissance des éléments, orchestration complexe, jusque dans les harmonies vocales, et pourtant un ensemble qui touche, simplement… plaisir oxymorique !
Suis-je la seule à penser à Monsieur Gainsbourg ? Le sens des arrangements, je l’ai ressenti souvent, j’écoute Cut-out, cet arpège et un air de déjà-vu, efficace… le mot est faible, la suite en dit long ; Neighbors, dernier single avant la sortie, terrassée, encore… !

Il est temps d’avouer que je n’ai jamais mis autant de temps pour écrire une chronique, écouter Painted Ruins encore et encore, des ruines du passé qui ne cessent de se reconstruire, se raconter, se parer de nouvelles nuances à chaque écoute…

Redécouvrir, inlassablement, une boucle sans fin qui vous laisse sans voix, sans mots, peut-être pas, l’impression finalement d’être intarissable, étonnement des sens, je ne sais plus… ça fait déjà cinq fois que j’écoute le dernier morceau de l’album, Sky Took Old, cinq fois ce soir, car je ne compte plus… mais quand on ne compte plus, c’est bien le signe qu’une épiphanie s’est produite… amour infini, envie de l’écouter encore, avec toujours le même émerveillement… un grand album !

L’album de Grizzly Bear, Painted Ruins, est sorti le 18 août 2017 chez RCA Records/Sony Music en CD, Vinyle et Digital, vous pouvez le trouver chez tous les bons disquaires, mais aussi par ICI !

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