Chronique Musique

Go-Kart Mozart, Lawrence, ce génie.

go-kart mozart
Cherry Red Press // Photo de PP Hartnett
Ecrit par Beachboy

Comme promis, bouclons ce tour de piste de nos héros maudits des années 80 avec Go-Kart Mozart et Mozart’s Mini-Mart, son quatrième album.

Si les Television Personalities avaient  pu être plus grands que les Beatles, Lawrence Hayward aurait été nommé le roi de la pop, Prince et David Bowie dans chaque poche, mais de Felt à Go-Kart Mozart en passant par Denim, il a toujours eu un train d’avance, pour la concurrence et malheureusement pour le grand public…

Avant de nous pencher sur ce radieux Mozart’s Mini-Mart, commençons par la grosse et belle cerise sur le gâteau, à savoir les splendides rééditions remastérisées des 5 premiers albums de Felt par Cherry RedCrumbling The Antiseptic Beauty, The Splendour Of Fear, The Strange Idols Pattern And Other Short Stories, Ignite The Sevens Canons et The Seventeeth Century, appelé à l’origine Let The Snakes Crinkle Their Heads To Death et sorti initialement chez Creation Records.

C’est peu dire que le tout est parfaitement indispensable comme le sera, on l’espère, la suite, il en reste encore et pas des moindres en attente d’une nouvelle jeunesse, même si la musique de Felt est à l’origine d’une beauté éternelle.

Lawrence est né en 1961 à Birmingham, il crée Felt en 1979, avec Maurice Deebank et Nick Gilbert, des rêves de grandeur plein la tête, un projet clairement élaboré à la note près, le succès à portée de main.

Felt tiendra donc sur une décennie 1979 à 1989, 10 albums, 10 singles, nous donnant ainsi une des œuvres les plus radicales, symétriques  et ambitieuses de l’histoire de la musique. Malheureusement, malgré l’apport de quelques artistes bien plus côtés, Liz Frazer ou Robin Guthrie de Cocteau Twins entre autres, Felt restera toujours à la marge, adoré par quelques fans aussi fous et passionnés que Lawrence mais ignorés par un public qui ne verra pas la beauté nue de ces chansons qui regardent avec bravade le Velvet Underground ou bien encore Television, influences premières du groupe.

Il faut admettre que l’ambition du groupe frise la folie, cherchant ici la pop song parfaite (il y arrivera plus souvent qu’à son tour !), capables là d’enchaîner les instrumentaux ou s’essayant même au jazz pour le barré Train Above The City sorti en 1988, tout ça en étant sûr d’être le plus grand du monde, ce qu’il fut souvent, une écoute supplémentaire de Penelope Tree ou Primitive Painters, pour s’en convaincre.

En 1992, Felt maintenant rangé dans les tiroirs de l’histoire du rock, Lawrence sort ses plus belles chemises et vestes à paillettes et se réinvente en icône glam rock caché derrière ses grandes lunettes noires, sous le nom de Denim, un son seventies, des synthés à foison, pour 2 albums gorgés de tubes potentiels et gourmands, dont le faramineux The Osmonds, juste un poil trop long (8 minutes !) pour envahir les ondes.

Lawrence croit enfin toucher le Graal avec ce nouveau groupe, sort 2 albums Back In Denim et Denim On Ice, ce dernier sur une filière de EMI, le plus gros label du monde pour notre drôle de bonhomme, un rêve d’enfant qui tourne rapidement au cauchemar.

L’expérience sur un major s’arrête assez rapidement, un troisième album, le meilleur selon Lawrence ne verra jamais le jour et attend encore à ce jour une sortie digne de son excellence. Denim trouve même le moyen de se voir bloquer la sortie d’un single Summer Smash, pour la simple et bonne raison que la Princesse Diana, en ce funeste 31 aout 1997, ne verra jamais le bout du tunnel…

Pour patienter, il crée Go-Kart Mozart, qu’il vend très bien, annonçant que ses premières chansons pour ce nouveau projet ne seraient que d’éventuelles faces B pour Denim…. Il suffit pourtant de quelques secondes pour se convaincre de la folle exigence de Lawrence à l’écoute des très, très bons Instant Wigwam And Igloo Mixture ou bien Tearing Up The Album Chart, les 2 premiers albums du groupe.

En 2012, sort Go-Kart Mozart On The Hot Dog Streets, accompagné par un documentaire intitulé Lawrence Of Belgravia, narrant les aventures mi drôles mi tristes de notre héros dans le monde impitoyable du rock business.

Nous voilà donc en 2018, Lawrence, 56 balais et quelques mois, nous revient avec ce Mozart’s Mini-Mart, tout de jaune vêtu, le meilleur car le plus consistant de Go-Kart’s Mozart.

L‘album empile 17 chansons, à la fois lumineuses et mélancoliques, baroques et tristes, bien à l’image de notre héros. Ainsi le génialement kitsch When You’re Depressed vous embarque sur la piste de danse, un grand sourire aux lèvres, jusqu’à ce qu’on s’arrête quelques secondes sur les paroles :

When you’re depressed you stay in bed and don’t get dressed, won’t call in sick, can’t use the phone, hate all your mates won’t leave you alone. When you’re depressed there is no hope, the room stays dark, you just can’t cope

Tout le disque est à l’avenant, enfantin, complètement fou et décalé, la musique brille de milles feux à coups de synthés d’un autre âge et aurait de la gueule comme musique d’ascenseur au pays des jouets ou en BO d’un remake de Jurassic Park filmé avec un smartphone.

Sur le papier, ça peut faire peur, surtout pour les vieux fans de Felt attachés à la combinaison guitares-voix des débuts, mais passée cette couche surréaliste, on retrouve le génie du bonhomme pour des mélodies subtiles et immédiates et  des paroles d’une tristesse infinie à l’encontre de la musique, comme l’extraordinaire Black Hood On His Head, ma préférée de l’album.

Je ne suis pas sûr que Lawrence va casser la baraque avec ce nouveau disque, j’ai même quelques gros doutes tant l’album plane haut, très haut au dessus des étoiles, à l’instar des géniaux Zelda’s In The Spotlight ou New World.

Fauché mais toujours motivé, il poursuit son chemin royal vers le firmament, quelques fans accrochés à ses basques, on espère que ces quelques mots vont permettre de grossir les rangs, il le mérite tant !

Mozarts’ Mini-Mart est disponible chez Cherry Red Records depuis le 23 février.

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