Chronique Musique

Congo, doux onirisme de Rodrigo Tavares

Congo
Rodrigo Tavares/Service Presse.
Ecrit par Jism

Le moins qu’on puisse dire est que, pour sa seconde sortie, le label Anglais Hive Minds n’a pas choisi la facilité. Souvenez-vous, leur première référence, chroniquée en ces lieux, était le tout dernier album du géant Maalem Mahmoud Gania, excellent disque traditionnel Africain. Pour la suite, les Anglais ont choisi de se déplacer vers un autre continent, l’Amérique du Sud et plus précisément le Brésil, pour sortir un disque récemment publié sur Bandcamp mais passé complètement inaperçu. Peut-être parce que Congo, premier album de Rodrigo Tavares, n’évoque le Brésil qu’en filigrane. Pourtant, Tavares est un Brésilien pur jus, venant de Belo Horizonte, dont la culture musicale est baignée par les grands artistes nationaux (Veloso, Gilberto, etc.) et, curieusement, lui même ne se considère pas comme un véritable musicien mais se voit plutôt comme un artiste complet dont la musique serait une sorte d’heureux appendice. Pour autant, l’écoute de Congo infirme cette vision des choses et nous, auditeurs, aurions plutôt tendance à l’inciter à continuer dans cette voie.
Pour en revenir à Congo, l’album a une histoire assez cocasse, presque digne d’un Kerouac : sa genèse se fait lors d’un trip sur les routes Brésiliennes, débuté juste après un concert de Sun City Girl dans un ancien bar gay et aboutissant à la rencontre d’un guérisseur spirituel. A partir de là, Tavares va composer Congo seul, évoquant une forme de catharsis lors du cheminement créatif. Une fois l’ensemble écrit, il recrute d’abord le bassiste et le batteur pour tout mettre en forme et affine avec les autres musiciens présents sur le disque.


Après, comme vous pourrez le constater à l’écoute de Congo, dans sa première partie, le résultat est à des lieues du Brésil, et nous convierait plutôt dans l’Angleterre du début des 80’s de Vini Reilly. Certes, elle est moins pluvieuse que celle de Reilly, le soleil l’illumine de ses rayons blafards pour lui donner un semblant de chaleur, mais il est tout de même difficile de ne pas penser au spleen de Durutti Column sur Congo I et Rosa Rio. Ainsi qu’au jazz de Bill Frisell. Mais bon, à décharge, tout Congo est irrigué par le jazz (notamment le cool jazz de Getz ou encore Brubeck), frisant parfois le progressif, allant même parfois  jusqu’à certains excès (l’affreux solo de guitare quasi final sur Congo I notamment). Néanmoins, hormis cette faute de goût assez incompréhensible, Congo est un quasi sans faute, un album apaisant, voire irradiant, visitant les territoires hypnotiques de Tortoise (on pense parfois à Millions  Now Living Will Never Die sur A Raposa), le minimalisme répétitif d’un Steve Reich, le post-rock d’un Talk Talk (combiné à la musique brésilienne sur Yangon), ou encore le tribalisme Brésilien (en arrière plan sur De Roda). Un disque aux références multiples donc, bavard, bien qu’instrumental, mais une conversation à la fois apaisée et étonnante, fourmillant d’arrangements rendant l’écoute à chaque fois plus envoûtante.

Rodrigo Tavarez/Photo officielle bandcamp

Parce que oui, si Congo séduit à la première écoute, il envoûte aux suivantes, créant un monde à part, d’une beauté et d’une douceur incomparables, comme une bulle, un cocon vous enveloppant et vous protégeant de toutes les agressions extérieures. Un disque soft, cool, simple et beau, diffusant sa chaleur au travers d’une épaisse couche de lourds nuages, idéal pour accompagner la fin de l’hiver et entrer en douceur vers les périodes printanières. Un disque entre deux eaux (ou plutôt deux saisons) donc et la révélation d’un musicien de talent qui, on l’espère, retrouvera vite le chemin des guitares pour composer un nouvel album. Bref, on remerciera de nouveau Hive Minds pour cette découverte et on suivra de près les prochains choix du label Anglais qui, s’il continue sur cette ligne de conduite, pourrait bien devenir un des futurs grands labels en matière de musique du monde.

Congo est sorti le 15 mars dernier chez Hive Minds Records.

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