Chronique Musique

Charlie Cunningham : la folk sacrée

Lorsque j’aime profondément quelqu’un, j’ai toujours du mal à poser des mots sur son travail. C’est un ressenti tellement ancré et viscéral, qu’il m’est, en effet, très difficile de décrire pourquoi sa musique me touche, m’atteint à un point tellement profond que je peux pleurer rien qu’en écoutant quelques notes. Pour les moins sensibles d’entre nous, cela peut sembler exagéré, bête peut-être. C’est pourtant une réaction imprévisible et instantanée qui, chez moi, est épidermique : des frissons dans le bas du dos, puis des larmes qui coulent…

C’est exactement ce qui se produisit quand je vis Charlie Cunningham chanter pour la première fois. Ce fut lors d’un live filmé pour Mahogany Session. Vêtu simplement de noir, son long corps recroquevillé sur sa guitare et le visage habité, il entama, dans un vaste loft vide, cet air aux effluves espagnoles qui me transperça en moins de cinq secondes.

Charlie Cunningham a d’abord cette façon incroyable de jouer de son instrument, qu’il apprit pendant ses deux années passées à Séville : une sorte de flamenco vaporeux, rythmé par les doigts claquant la caisse de résonance. Il est rejoint par une voix légèrement nasale délivrant de douces mélodies percutantes remplies d’émotion. Après trois EP d’une rare beauté, l’album Lines est enfin sorti. Et, malgré la complexité de l’exercice, je vais parler de ce bijou que vous n’avez le droit de manquer sous aucun prétexte.

An Opening introduit les douze chansons. Douceur de guitare, elle est perturbée à 2’33 par une envolée qui vous emporte loin, et qui annonce la couleur de l’album : une folk hispanisante et céleste, parfois brouillée par des nappes électroniques. Charlie ne tombe, en effet, jamais dans le piège de la folk voix/guitare revue et corrigée. Il y a quelque chose de très moderne et de très subtil dans ce dépouillement, que l’on retrouve aussi bien dans le graphisme de la pochette que dans son attitude sur scène (j’ai eu la chance d’assister à l’un de ses concerts au Luxembourg, et cette sobriété rendait le tout très poignant).

Sur ces douze morceaux, il n’y a que sept réelles découvertes, puisque les cinq autres apparaissaient déjà dans les EP ou singles existants. Mais réécouter Lights Off, Minimum et Breather (deux chefs-d’œuvre), ainsi que le touchant While You Are Young, réarrangé pour l’occasion, est toujours aussi prenant. 

L’on découvre donc I Can Be, minimale et mélodique berceuse qui fait place au plus sombre et fougueux Born. Il y a quelque chose de presque folklorique dans ce dernier, qui étaye l’aspect authentique de Cunningham dans sa façon de composer et de trouver des mélodies éternelles. On pourrait aussi bien entendre une ritournelle espagnole, un chant traditionnel suisse, qu’une prière. Car en plus de cette dimension populaire, il y a également une sorte de religiosité que l’on ressent fortement dans les ultérieurs Lines et Answer. Les arrangements atmosphériques viennent conjurer avec la guitare tangible, embarquant les musiques du côté divin. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la plupart de ses concerts se déroulent dans des églises, la véhémence liturgique de ses chansons étant largement palpable.

Avec le nébuleux How much, l’anglais dévoile aussi de superbes textes:

I’ll make you mine and I’ll make up your mind […]

Car, en plus de compositions magnétiques, Charlie Cunningham a un vrai talent pour l’écriture. Les mots, il a préféré les taire avec le sublime interlude Molino. C’est comme si vous étiez au milieu de l’Alhambra, mais avec vue sur les landes islandaises : une douce froideur vous enveloppe de notes andalouses et amorce l’avant-dernier morceau You Sigh. La guitare est peu à peu rejointe par les chœurs et les cuivres, et, encore une fois, les différentes influences viennent caresser les cœurs et essuyer les larmes…

Lines est disponible depuis le 27 Janvier 2017 chez le suédois Dumont Dumont.

 

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