Chronique Musique

« Ad Patres », l’infini au-delà de Jan Mörgenson

Jan Mörgenson/2018/Service Presse
Jan Mörgenson/2018/Service Presse
Ecrit par Jism

Levons d’emblée toute ambiguïté avant de débuter cette chronique : malgré son visuel, son titre et mon appétence pour le genre, non, Ad Patres n’est pas un album de metal (death, black ou même funeral doom). En aucun cas. Pour autant, on peut tout de même lui trouver quelques accointances avec le funeral : musicalement c’est la même gaudriole, au niveau des titres choisis, les thématiques sont légèrement semblables et on retrouve enfin un certain goût pour la conduite en dessous de la vitesse autorisée. Néanmoins, là où n’importe quel artiste de funeral hurlera son désespoir, les doigts coincés dans la prise, Jan Mörgenson optera lui pour l’acoustique et une spiritualité bienvenues.

Mais, me direz-vous, qui est Jan Mörgenson ?

Guitariste messin, il intègre le collectif 29/30 en 2013 (album live où chaque artiste, trente au total, joue un morceau d’une minute), puis sort un premier mini album, Grotesque, en 2014. En 2015 La Face Cachée le prend en main et sort son premier album Jass, Raag & Blooz (dans lequel il inclut deux titres de Grotesque) sous le label Specific Recording. Ovni musical anachronique, Jass, Raag & Blooz se plaît à emmener l’auditeur vers des contrées inexplorées du french primitivism sous l’égide de John Fahey, Leo Kottke ou plus près de nous Jack Rose. Très belle réussite dans un domaine où peu de Français se sont exprimés.

Ce 1er novembre est sorti, toujours chez Specific Recordings, Ad Patres. Comme semble l’indiquer son titre, ainsi que son visuel, Mörgenson paraît abandonner la ballade champêtre qui caractérisait Jass pour s’orienter vers un territoire bien plus morbide. Cependant, ne voir en Ad Patres qu’une longue procession nocturne serait quelque peu réducteur. En effet, si vous jetez un œil aux crédits, vous verrez que l’album est certes dédicacé à la mémoire de son chat mais aussi à sa femme bien-aimée, donnant ainsi le ton de ce que sera Ad Patres : une dérive musicale entre de deux affects, l’espoir et, vous vous en doutez, la mélancolie.

Néanmoins, si elle se glisse partout, que ce soit avec le superbe Requiem, Procession ou Rotten, Mörgenson fait en sorte de ne pas lui laisser trop d’espace. Pour cela il entrouvre la fenêtre de façon à laisser entrer quelques rayons de soleil (Funeral, Chorus Morti – référence consciente à The Binding Of Isaac ou pas ? -, In Memoriam, renouant presque avec le primitivisme virtuose de Jass) histoire de réchauffer un peu l’atmosphère. Pour faire une analogie, on pourrait dire qu’à l’écoute d’Ad Patres, l’auditeur se retrouve comme un jour de Toussaint, le matin, seul dans les allées d’un cimetière : le froid vous glace les sangs, le soleil perce difficilement la brume matinale, les souvenirs remontent à la surface, la joie d’être encore présent se mêlant à la perte de ceux qui nous sont chers.

En trente minutes Ad Patres aborde tous ces thèmes de façon subtile, poignante, de par le jeu délicat de Mörgenson, mettant un peu de côté sa virtuosité au profit d’une apparente simplicité visant l’émotion brute.

C’est à la fois simple, beau, triste, parfois chaleureux (on frôle presque le ragtime sur Procession), complexe et d’une grande délicatesse,  comme le récit d’une vie en somme.

Ad Patres de Jan Mörgenson
Sorti le 1er Novembre chez Specific Recordings et disponible chez tous les disquaires en quête d’apaisement de France et de Navarre.

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